Article de Nicolae Gothard BIALOKUR : Takeda Ryû Nakamura Ha Sôbudô au Château de Morges en août 2007

21/07/2009 18:25

 BUDÔ AU CHÂTEAU DE MORGES…

 par Nicolae Gothard BIALOKUR

crédit photos : N.G.Bialokur

 

 

Au bord du lac Léman, face au Mont - Blanc, à une vingtaine de kilomètres de Lausanne (en Suisse), le Château de Morges, magnifique exemple du « carré savoyard », avec un long et glorieux passé historique, dresse avec fierté ces quatre tours rondes…

Aujourd’hui, le Château de Morges abrite trois musées : le Musée de l’artillerie, le Musée militaire vaudois et le Musée suisse de la figurine historique.

Y sont exposée des nombreuses collections d’armes, d’armures et d’uniformes suisses ainsi que quelques 40 bouches à feu et des modèles réduits représentant le développement de l’artillerie (du XVe au XXe siècle). Aussi environs 10.000 figurines retraçant l’histoire depuis l’Antiquité et jusqu’aux Guerres Napoléoniennes (collection Raoul Gérard).

 

Périodiquement, dans l’enceinte du Château, sont organisées des expositions temporaires et des différentes manifestations à vocation culturelle, dont le but est de présenter au publique des thèmes qui sortent de l’ordinaire.

 

Ainsi, les dernières années, le Château de Morges a accueilli, à un intervalle de deux ans, deux expositions concernant le Japon et ses traditions martiales : « BUSHIDÔ – LE SABRE ET LE PINCEAU » (en 2005) et  « LA FEMME ET LES ARTS MARTIAUX » (en 2007).

Japon…pays riche en traditions soigneusement préservées… On ne peut en parler sans évoquer ses Samurai, cette caste guerrière qui a forgé son histoire et joué un rôle si important dans la culture nippone.

Si la première exposition, « Bushidô – le Sabre et le Pinceau », présentait le Samurai, à la fois Homme de guerre et Homme de culture, la deuxième exposition, « La Femme et les Arts Martiaux », a été axée sur la place de la Femme dans le milieu très masculin des Disciplines Martiales.

Dans un prolongement naturel de la première exposition, la deuxième a voulu démontrer que le charme, la grâce et la féminité ne sont pas incompatibles avec des disciplines martiales qui visent à l’harmonie du corps et de l’esprit, au dépassement de soi !

 

 

Présentation des deux Expositions

 

En 2005… durant environs six mois (du 13 mai au 27 novembre 2005), l’exposition « BUSHIDÔ – LE SABRE ET LE PINCEAU » a occupée plusieurs salles du Château de Morges. Des armes et des armures des Bushi (les guerriers nippons de l’époque féodale), ainsi que d’autres anciens objets et documents japonais, sortis, pour l’occasion, des musées suisses ainsi que des collections privées, ont été exposées. 

L’exposition, parfaitement organisée, pleine de charme et de beauté, émanait le respect et l’admiration que Monsieur Gaspard de Marval, l’âme et le commissaire de l’exposition, porte à la culture nippone.

 

En 2007…durant la période du 7 juin au 2 septembre, sous l’initiative de Monsieur Feodor Tamarsky (peintre et professeur de Karate Sane) et son épouse, Madame Diana Belaya Tamarsky (peintre...), a été organisée l’exposition de peinture « LA FEMME ET LES ARTS MARTIAUX ».

 

Les œuvres de M. Tamarsky, exposés à cette occasion, étaient dédiés entièrement aux Arts Martiaux ; une partie de ces toiles ayant comme sujet la Femme pratiquante des Arts Martiaux, hommage aux Femmes qui ont choisi la si difficile mais passionnante Voie des Bushi d’autres fois…Les coups de pinceau de M. Feodor Tamarsky, s’inspirant des mouvements des Arts Martiaux, traduisent avec beauté et précision l’énergie et la splendeur du corps humain en action…

 

 

Manifestations culturelles parallèles

 

Parallèlement aux deux expositions, des nombreux week-ends ont été occupés avec des manifestations concernant la culture nippone et présentées par des spécialistes Japonais et Suisses.

 

Ainsi, en 2005 : 

…des intermèdes de danses traditionnelles nippones,

…l’art de l’arrangement floral (Ikebana),

…l’art du thé (Châdô),

…le pliage du papier (Origami),

…marbrure japonaise sur papier (Suminagashi),

…le port du Kimono,  le vêtement traditionnel japonais…

…les Arts traditionnels concernant la fabrication des armes blanches : la fabrication de l’acier dont on forge les lames de sabres nippones (Tamahagane), à partir du minerai, dans un bas - fourneau (Tatara)…, la forge d’une lame de poignard (Tanto)…, confection d’un fourreau de sabre (Saya)…, le laçage de poignées de sabre, fabrications d’une collerette de maintien et d’étanchéité de la lame dans son fourreau (Habaki)…, ainsi que la restauration et le polissage de lames.

…Et, bien sûr, le pinceau dans la main de Monsieur Pascal Krieger, Shodô no Shihan (Grand Maître dans l’art de la calligraphie japonaise) ainsi que Shintô Musô Ryû Jôdô no  Menkyô Kaiden (Genève, Suisse). Ses calligraphies, des vraies œuvres d’arts, en direct…, se referaient surtout aux Disciplines Budô : techniques, principes, philosophie…

 

 

 

…et en 2007 :

…Durant trois week-ends (en juin et en août), chaque jour, M. Feodor Tamarsky nous a régalé en créant en directe une œuvre avec, bien sûr, le thème « La Femme et les Arts Martiaux ». Coups de pinceau spontanés, précis, pleins d’énergie et beauté !

 

…Une après-midi a été consacrée aux conférences de M. Sidharta DUTTA (Genève, Suisse), grand spécialiste du sabre japonais, avec deux thèmes : « Savoir reconnaître un sabre japonais digne de collection » et « Comment démonter et entretenir un sabre japonais d’après les méthodes traditionnelles ».

…Le Dimanche 24 juin 2007, dans le jardin du Château, ont raisonné sous la main de maître de M. Rémi CLEMENTE et ses élèves (Genève, Suisse), les tambours japonais (TAIKO ). Instrument militaire, de rituels et de fêtes à l’époque Edo, Taiko est devenu, après la deuxième guerre mondiale, un instrument de musique de divertissement. C’était une musique envoûtante, dégageant une énergie peu commune !

 

Budô no Embu 2005 & 2007

 

Evidement, ses jours-là, les Budô, disciplines dont les origines se trouvent dans les Arts guerriers des Samurai d’autre fois, ne pouvaient pas être absents au Château de Morges !

Diverses Disciplines Martiales Japonaises (mais aussi Coréennes et même le Jiu – Jitsu brésilien…) ont été présentées par des Sensei et leurs élèves, venus de plusieurs Dôjô de France, Belgique, Luxembourg, Angleterre et Suisse.

 

En 2005 un Dôjô a été aménagé, dans un cadre intime et pittoresque à la fois, en plein air, dans la cour intérieure du Château.

En 2007, la Grande Salle d'Armes du Château de Morges s’était métamorphosée en Dôjô, un Dôjô assez particulier… Sur les murs étaient accrochées les peintures des époux Tamarsky. Devant les fenêtres étaient placées discrètement des Bonsai, ces délicats arbres miniaturisés. Au plafond étaient suspendus quelques gracieux lampions asiatiques. Quant au planché, il était couvert de quelques dizaines de Tatami

 

Si en 2005, le rôle principal était détenu par l’Homme Budô Shûgyôsha (pratiquant d’un Art Martial), en 2007 c’est la Femme Budô Shûgyôsha qui était à l’honneur !

 

Les Sensei et leurs élèves, présentes durant les cinq jours du 2007 sur les Tatami du Château, ont évolués sous le signe du message transmis par la calligraphie nippone « BUDÔ NO IN », accrochée au Shômen (le mur d’honneur). Ce sont des Kanji calligraphiés par Pascal Krieger Sensei, présent déjà, au Château, en 2005, avec son (bâton) et son Fude (pinceau).   La signification de ces Kanji est…qu’il ne faut pas oublier  le côté In (féminine) du Budô  (la famille des Voies Martiales Nippones).

 

 

Ainsi… en 2005 et 2007, dans les Dôjô du Château, se sont déroulés des Embu (« jouer la guerre », avec le sens de présentation) des Disciplines Martiales suivantes :

 

…AIKIDÔ (la voie de l’harmonisation des énergies), discipline martiale japonaise.

 

…KARATE SANE, (Sane signifiant « toute la vie »), art martial inspiré du Karate d’Okinawa, du Kungfu chinois et de formes de combat traditionnel coréen, développé à Moscou dans les années ’70.

 

…KARATEDÔ (la voie de la main vide, à l’origine la main chinoise), discipline martiale japonaise originaire d’Okinawa.

 

…JÛDÔ (la voie de la souplesse), discipline martiale japonaise, développé surtout comme sport de compétition et devenue discipline olympique.

 

…TAEKWÔNDÔ (la voie du pied et du poing), discipline martiale coréenne de self-défense, cousine du Karatedô japonais, et qui s’est beaucoup développée comme sport de compétition, étant aujourd’hui une discipline olympique.

 

…HAPKIDÔ (la voie de l’énergie unifiée), discipline martiale coréenne, cousine de l’Aikidô japonais.

 

… KYÛDÔ (la voie de l’arc), discipline martiale japonaise du tir à l’arc. Hérité des pratiques ancestrales des Samurai, le Kyûdô a perdu sa vocation guerrière (Jutsu) pour devenir une voie (), dont les valeurs absolues recherchées sont exprimées par les concepts de Shin (Vérité), Zen (Bonté) et Bi ( Beauté).

 

…IAIDÔ  (la voie de l’existence harmonieuse), discipline martiale japonaise se focalisant sur l’acte de dégainer le sabre et de trancher en un seul mouvement.  

 

…TESSENJUTSU (l’art de l’éventail de fer), discipline martiale de l’époque des Samurai.

 

…KENJUTSU (l’art du sabre), discipline martiale japonaise, pratiqué avec des Bokken et, à un niveau élevé, avec des Katana.

 

…JÔDÔ (la voie du bâton), discipline martiale nippone, de la tradition Shindô Musô, utilisant comme arme de défense contre le sabre un bâton moyen, en chêne, 1,28cm ().  

 

… JUTTEJUTSU ( l’art du Jutte), discipline martiale japonaise, de la tradition Ikkaku Ryû. L’arme, le Jutte, est une tige en métal avec un fourchon ; sa destination était l’auto – défense, surtout contre le sabre.

 

…KUSARIGAMAJUTSU (l’art du Kusarigama), discipline martiale japonaise, de la tradition Isshin Ryû. Kusarigama est une arme qui comporte, en fait, trois armes en une seule : la faucille avec lame tranchante (Kama), la chaîne en métal (Kusari) et le poids en métal (Fundô). Elle était réservée surtout aux combats singuliers.

 

Ikkaku Ryû Juttejutsu et Isshin Ryû Kusarigamajutsu font partie des cinq traditions (Ryû) associés au Shindô Musô Ryû Jôdô.

 

…TAMESHIGIRI …discipline nippone, complémentaire au Kenjutsu et Iaijutsu, pour tester (Tameshi)  une lame par une coupe réelle (Kiri), sur des cibles en bambou, en paille de riz, etc.

 

…KENDÔ (la voie du sabre), discipline nippone à vocation sportive, qui se pratique avec des Shinai (composé, traditionnellement, des quatre lame de bambou).

…MING CH’UAN NUNCHAKU (Morges, Suisse), a été présenté (sur musique !) par des jeunes pratiquants et leur Sensei.                                                                                  

…JIU-JITSU BRESILIEN, discipline de combat développée au Brésil, ayant comme origine le Jûjutsu japonais. Un combat corps à corps, qui commence debout pour continuer et finir au sol ; beaucoup d’actions articulaires et immobilisations.

 

Enfin, en août 207, un week-end entier a été consacré a une des plus ancienne tradition (Ryû) martiale japonaise : TAKEDA RYÛ NAKAMURA HA SÔBUDÔ (ensemble des disciplines martiales « Sôbudô » pratiqués dans le cadre de la branche Nakamura de la tradition martiale Takeda).

La devise des guerriers du clan Takeda était : FU (rapide comme le Vent), RIN (silencieux comme le Forêt), KA (foudroyant comme le Feu) et ZAN (immuable comme la Montagne).

 

Un riche éventail de disciplines spécifiques au Takeda Ryû ( Aikidô, Kendô, Iaidô, Jôdô, Jûkempo, et Battôdô) ont été présentées par les Sensei Valmy DEBOT Jôden Shihan, Bernard DUFRENE Shoden Kyôhan, Karel CORTEBEEK Shoden Kyôhan et Christophe NOISET Shoden Kyôhan (Belgique) et Sylvie BOUTELET Shoden Kyôhan et Philippe BOUTELET Shoden Kyôhan (France).

 

Sylvie et Philippe BOUTELET ont présenté aussi NAGINATAJUTSU (l’art de la hallebarde), discipline martiale japonaise souvent pratiquée par les femmes.

 

Des Kata de Iai et de Naginatajutsu, des combats de Kendô avec des Fukuro Shinai (bâton de bambou recouvert de tissu) des combats d’Aikidô et de Jûkempo (discipline qui combine à la fois les anciennes techniques de Boxe chinoise et les techniques japonaises de Jûjutsu) ainsi que de Iaidô à distance, des coups avec des lames réelles sur Makiwara (Battôgiri), des techniques des Koryû (tradition classique) se sont succédés dans une atmosphère martiale.

Esprit calme et alerte à la fois, rapidité, souplesse, dynamisme, patience, courage et détermination, maîtrise du corps et de l’esprit !

Une après-midi a été aussi consacrée à un mini stage de Iaidô (Takeda Ryû Nakamura Ha), sous la direction de Valmy DEBOT Jôden Shihan.

 

Le Budô est toujours vivant !

 

Les deux expositions « La Femme et les Arts Martiaux » et « Bushido, le sabre et le pinceau », ainsi que les Embu qui les ont accompagnée, restent des moments exceptionnels de Culture et Tradition de l’Extrême Orient !

 

C’est encore une preuve que, le Budô, le Vrai, est toujours vivant et que ses valeurs continuent à être transmises, dans l’esprit de la Tradition !

Et ceci, grâce à tous ces Gens merveilleux dans leurs Keikogi blancs, bleu marins ou noirs, qui, avec simplicité, joie et respect, continuent à pratiquer leurs Arts « Bu » ainsi qu’à tous les Sensei qui continuent à les enseigner, avec bonheur et générosité, toujours sur la Voie () !

 

Certains Sensei occidentaux qui affirment que « l’art martial…est mort » sont dans l’erreur ! Heureusement !

 

Le Budô, cet héritage culturel qui revient de droit aux Japonais, se suffi par lui-même, car on trouve en lui TOUT : la Technique (Waza), l’Art (Jutsu) et la Voie (), les côtés pratique, culturel, philosophique et traditionnel !

Il suffi de pratiquer, de chercher et de « creuser », avec sincérité et passion, de vouloir et d’y croire !

 

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 Article complet en anglais publié dans JAMA - 2008 no 2

 

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 Photos :

 

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Merci à Nicolae Gothard BIALOKUR pour son travail et de nous permettre de le partager avec vous, le texte et les photos ci-dessus sont protégés par un copyright, merci de respecter son travail.

 

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